Sonneur dans un bagad
Tout commence dans une salle de répétition quelque part en Bretagne. Julien Appert, développeur web de métier et sonneur de cornemuse, fait face à une réalité bien connue de tous les musiciens d'ensemble : la gestion des partitions est un casse-tête permanent.
Partitions imprimées froissées au fond d'un sac, PDF épars dans des messageries, fichiers dont on ne retrouve plus la version à jour… Et pour les débutants, une difficulté supplémentaire : comprendre à la lecture seule toutes les subtilités rythmiques des ornements de cornemuse, ces petites notes de grâce qui donnent tout son caractère à la musique Highland ou bretonne.
« Il me fallait un outil simple, en ligne, capable non seulement d'afficher une partition proprement, mais aussi de la jouer. Pour qu'un débutant puisse entendre exactement comment sonne un grip ou un taorluath, pas seulement le lire. »
La découverte de la notation ABC
En cherchant un format de partition adapté à la saisie informatique, Julien découvre la notation ABC : un format texte universel né dans les années 1990 pour cataloguer la musique traditionnelle irlandaise et britannique. Pas d'interface graphique complexe, pas de logiciel propriétaire : juste du texte, lisible et éditable dans n'importe quel éditeur, et interprétable par des bibliothèques open source comme abcjs.
La notation ABC dispose de fonctionnalités pensées pour la cornemuse : les tonalités K:HP et K:Hp correspondent aux gammes écossaises sans armure classique, et les notes de grâce entre accolades {g}A permettent de noter tous les ornements caractéristiques du jeu Highland.
Du problème à l'outil
Fort de cette découverte, Julien conçoit une première version très simple : un éditeur textarea, un rendu abcjs en temps réel, et une lecture audio via les sons MIDI de cornemuse. L'outil est d'abord un usage personnel, hébergé sous wiweli.com/abc (Wiweli étant son studio de développement web breton).
Mais le projet grandit. D'autres musiciens s'y intéressent. Il faut un vrai système de bibliothèque, des comptes utilisateurs, du partage de partitions entre membres d'un même groupe. L'outil se structure : authentification, groupes, visibilité publique/privée, partage par email ou lien direct.
Parallèlement, le périmètre musical s'élargit. La cornemuse bretonne (biniou kozh) a ses propres conventions de notation, différentes de la cornemuse Highland. D'autres instruments rejoignent le projet : accordéon diatonique, violon, harpe celtique, guitare, piano. Scoroù devient une plateforme multi-instruments, toujours ancrée dans la musique traditionnelle celtique, mais ouverte à la musique en général.
Le nom : Scoroù
Scoroù (prononcez « sko-roo ») est un jeu de mot entre "score" (la partition de musique en anglais) et la terminaison bretonne en -où, qui marque le pluriel. Le nom reflète l'ancrage breton et traditionnel du projet, tout en restant accessible à des musiciens d'autres horizons.
Un projet ouvert
Scoroù reste un projet artisanal, développé en parallèle d'une activité professionnelle et d'une pratique musicale active. La consultation des partitions publiques est gratuite. Des abonnements pour ensembles et écoles de musique permettront à terme de financer le développement et l'hébergement.
Si vous êtes musicien de tradition celtique, responsable d'un bagad ou professeur de cornemuse, n'hésitez pas à prendre contact — vos retours sont précieux pour faire évoluer l'outil dans la bonne direction.